31/05/2005

L'Europe sans citoyen

Faut-il changer l'Europe? Qu'on soit pour ou contre cette idée, c'est un débat de societé qui devrait pourtant avoir lieu au regard du rejet net de la constitution en France et sans doute dans d'autres pays européens (Pays-Bas, Angleterre...). L'Europe part-elle dans la direction voulue par sa population?

On dit - à juste titre - que l'Europe ne doit pas être freiné par un "non" français. C'est d'une logique à toute épreuve mais les commissaires européens comprendront-ils le message inverse? L'Europe pourra-t-elle continuer tel quel en cas de "non" multi-européen? Ne risque-t-elle pas de perdre sa crédibilité? Ne risque-t-elle pas de s'éloigner encore plus du citoyen. Le "non" français, n'est-il pas - n'en déplaise aux élites qui le justifient par la monté de la xénophobie et du souverainisme - un cri citoyen d'alarme aux instances européennes? "Hé ho, du bateau, on aimerait bien monter à bord! Vous nous avez dirigé depuis 50 ans, il serait temps d'aujourd'hui de rendre le rêve européen aux seuls à qui il appartienne; ses 450 millions de citoyens!"

Car, le vrai message qui est passé ce 29 mai et qui va probablement se reproduire là ou on le demandera, c'est "Cette Europe n'est plus la nôtre..."

Comment, en effet, ne pas prendre en compte que 80% des parlementaire sensés représenter le peuple français aurait voté "oui" quand 56% des français votent "non"? Comment ne pas voir un phénomène identique aux Pays-bas ou plus de 60% des parlementaires voteraient "oui" pour 60% de non d'après les sondages actuels? Comment ne pas se demander ce qu'auraient voter les millions de gens qui n'auront rien à dire parce que leur gouvernement actuel a déjà décidé pour eux? Si ces chiffres s'appliquent en france et aux Pays-bas, comment ne pas se demander ce que pensent les 80 millions d'Allemands ou les 10 millions de belges?

Les européens ne sont pas plus bêtes que les autres. Ils ont compris que l'Europe se faisait sans eux, sans leur avis. Ils ont vu la propagande médiatique, le véritable matraquage du réferendum français. Ils ont vu la scène se reproduire ailleurs. Ils ont vu 15 de leur gouvernement se saisir de la question et leur en barricader l'accès. Ils ont vu les 10 gouvernements restants être tellement confiant dans le "oui" qu'il n'y avait même pas besoin de l'expliquer. C'est bien connu; après une journée de labeur, on a pas envie de lire ce genre de pavé. Tout semblait rouler sur des roulettes et suivre la voie prévue... Hélas pour eux, le pari est perdu! Le citoyen européen, s'est penché sur le texte et sur les avis de "spécialistes" ou de gens de la rue, comme eux. Il l'a lu, en as compris des fragments ou la totalité. Il en a parlé, discuté, épluché. Les forums d'internet, les discussion en famille. S'est alors développé le seul canal médiatique incontrôlable; Internet. Et insidieusement, le "non" est entré dans les mentalité. Pas un "non" anti-européen, pas un "non" souverainiste... Un "non" de réappropriation... Les gens ont commencé à voir que des "progrès sociaux" et autres promesses du traité, il n'en était rien. Qu'ils devraient faire l'échange entre une constitution nationale extirpée par leurs aïeux et garante de leur mode de vie, contre une constitution dont la forme, autant que le fond étaient criticables. Le choix n'a pas été bien dur... Et ils l'ont fait en masse pour se faire entendre.

Et maintenant, le risque bien réel, c'est de voir ces citoyens européens qui ont voté dans l'espoir de se faire entendre, être rejettés par des institutions européennes bouffies de suffisance et persuadées d'oeuvrer pour le bien de tous. Ces institutions ne se sont jamais - à ce jour - remises en cause. Le "non" français ne peut être qu'un "non" revenchard, et ce ne sont pas les médias ou les politiciens qui diront le contraire. Le "non" réfléchi et digne n'existe pas, ce sont des racontards pour endormir les marmots... A ce stade, on ne peut que s'inquieter de l'attitude européenne, en espérant toutefois que si d'aventures, d'autres pays suivaient l'exemple français, un véritable débat aurait lieu sur la marche à suivre...

22:21 Écrit par kusquo | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

... Tant que les fonctionnaires européens seront à ce point endoctrinés par la vision libérale (au même titre que la majorité des lobbys et consultances qui gravitent autour de la Commission), tant que dans les écoles de sciences éco et po, on gavera les étudiants de cette même vision, étudiants qui une fois sortis ont une prétention souvent exagérée, se prenant pour les nouveaux maitres du monde (cfr mon grand ami Promethée ou d'autres), tant que tout cela existera, l'UE ne changera pas d'un iota.
A moins que le "non" ne soit réellement un tsunami.... :)

Écrit par : Serge | 01/06/2005

Les commentaires sont fermés.