14/05/2005

Drogues afghanes

Vous le saviez peut-être, l'Afghanistan a, depuis de nombreuses années déjà, été le principal producteur d'opium au monde. En 1999, le pays en avait produit 3.300 tonnes et un an plus tard, pour fêter le nouveau millénaire sans doute, la récolte explosait les records mondiaux en plafonnant à quelques 4.600 tonnes. En 2000 toujours, le mollah Omar (chef suprême des taliban et grand ami du spéléologue barbu disparu dans les montagnes) décretait que finalement, la drogue c'est mauvais pour les jeunes, même les occidentaux à qui on fera la peau, et que désormais, la culture d'opium, c'est pas casher! Enfin... pas bien avec la loi corannique. Donc, 2001, écrasement comme une merde de la production afghane à un ridicule 175 tonnes.

Peu avant l'attaque étasunienne en 2001 (opération "Libérté Immuable", et autres noms à la con), les talibans - sans le (re)légaliser - ont permis aux paysans de replanter de l'opium. 2002 a donc été une nouvelle année faste, malgré l'interdiction de produire ou vendre de l'opium par le gouvernement intérimaire. On estime la production à plus de 3.000 tonnes à nouveau. En 2003, la production grimpe toujours pour atteindre 3.600 tonnes. En 2004, en augmentation de 64% selon des statistiques de l'ONU, l'Afghanistan a produit 87% de l'opium mondial.

2005 annonce enfin quelque bonne nouvelle puisque les autorités afghanes - poussées dans le dos par les gouvernements occidentaux - se concentrent pour endiguer le phénomène, annoncant jusqu'à une diminution de 30%... La nouvelle est cependant de piètre valeur puisqu'on sait que la production d'opium représente près de 60% du PIB afghan. Les cultivateurs pauvres (pléonasme?) n'ont guère le choix, l'opium étant souvent le meilleur rendement à leur disposition. La lutte contre l'opium aura d'ailleurs un effet pervers puisqu'avec sa "rareté" (toute relative), les prix monteront et donneront davantage envie aux producteurs... Cercle vicieux que seuls les talibans auront su vaincre (même si les prendre en exemple est sujet à caution, ils sont du reste les seuls à avoir su imposer cela dans un des pays producteurs).

Détail amusant, après avoir liberé l'Afghanistan qui devient maintenant le grenier mondial de l'opium, le gouvernement américain a été liberé l'Irak, qui devient, selon l'OICS (Organe international de contrôle des stupéfiants), une nouvelle plaque tournante du commerce de ce genre de substance... Et si, finalement, c'était pas le pétrole qui les bottait...

23:43 Écrit par kusquo | Lien permanent | Commentaires (3) |  Facebook |

Commentaires

.... La question de la dope en Afghanistan est un fait plus ancien et plus complexe que les Talibans, les Américains, la guerre récente ou encore les infiltrations des services secret pakistanais (cf. la filière ottomane). Quand tu écris "La nouvelle est cependant de piètre valeur puisqu'on sait que la production d'opium représente près de 60% du PIB afghan", il est omis de préciser qu'il s'agit d'un "équivalent" puisque le commerce de la drogue relève de l'économie informelle. Si l'on prend le cas du Maroc pour le haschisch, fournisseur numéro un de l'Europe, la Colombie, fournisseur numéro un de la cocaïne pour le continent américain, les données sont quasi similaires sur le champs de l'informel. Bref, les USA...toujours...disons qu'en temps de paix comme en temps de guerre, c'est surtout la pauvreté et l'inadéquation des politiques structurelles qui favorisent la drogue, le reste, c'est pure spéculation...

Écrit par : promethee | 15/05/2005

:) Quand je parle d'info de pietre qualité, c'est juste un constat. Là ou on se bat pour "contrer" la production de drogue, les traficants arrivent toujours à leur fin. La faute principalement - comme tu le dis - à la pauvreté qui "oblige" les agriculteurs à cultiver un produit qui se vend plutot qu'un produit bon pour la santé.

A ce titre, combattre les producteurs est d'avance voué à l'échec... Comme pour la violence urbaine, combattre le sommet du problème, c'est se cacher ce qu'il y a à la base, et comme pour la violence urbaine, c'est la pauvreté et la misère...

Écrit par : Kusquo | 15/05/2005

.... En Afghanistan, la société sort carrément du "moyen-âge" tant au niveau de l'édification de l'Etat, de la société civile, du monde associatif, des modes de production économique, du rapport religion-Etat, bref, tout est à refaire, à réinventer et l'on voudrait que la question de la drogue soit réglée après quelques années...c'est irréaliste, sauf à prendre des mesures barbabres comme celle de la charia! D'où la question du "réalisme" nécessaire dans l'approche d'une situation complexe...

Il n'y a pas suffisamment de forces de police entraînés, éduqués, sensibilisés au fléau de la drogue, les bailleurs de fonds internationaux type FAO ne se sont pas bousculés pour arroser les paysans de subventions type maïs et riz, le trafic existe toujours sur la frontière pakistanaise, le pouvoir est faible mais décidé, bref, il y a des explications plus logiques à une situation qui tiennent des axes du développement que de la simple arithmétique "l'ère talibane / l'ère de la bannière étoilée".

Quand on aborde la question de la dope en Afghanistan, c'est un peu comme lorsque certains se demandent pourquoi la récente démocratie sénégalaise n'a pas encore annhilié l'excision des filles: on ne change pas une société en un coup de baguette, en temps de guerre comme en temps de paix. C'est pour cela que de tout temps et par expérience professionnelle, j'ai appris à me méfier des chiffres...

Écrit par : promethee | 16/05/2005

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