29/04/2005

Ministre du pétrole irakien en bons termes avec les Etats-Unis

L'Irak "libéré" se dote enfin d'un semblant de gouvernement mais les espoirs d'un Irak totalement démocratique me semble légèrement remis en question par l'apparition d'un nom dans le nouveau gouvernement; Celui d'Ahmed Chalabi, homme fort des américains qui se voit propulser au rang de vice-premier ministre et qui recoit en outre le poste (par intérim mais avec l'intention de le garder) de ministre du pétrole (lui qui avait affirmé au Washintgon Post que le CNI (Conseil National Irakien dont il a été le président) a l'intention de récompenser ses amis : "les compagnies états-uniennes auront la plus grande part du pétrole irakien".)

Pour rappel, ce brave homme est ouvertement à la base de l'intervention étasunienne en Irak. Exilé aux Etats-Unis depuis la fin des années 1950, c'est effectivement à lui qu'on doit bien des "informations" sur l'existence d'armes de destructions massives en Irak, ou de lien entre Saddam et Al Quaeda. Avant celà, en tant que directeur de la Petra Bank (seconde plus grosse banque jordanienne), il réalise diverses opérations occultes avant de s'enfuire de Jordanie suite à la faillite de l'établissement banquaire. Son frère et lui sont accusés d'avoir emporté 70 millions de dollars avec eux, et ils seront condamnés par contumace à 22 ans de prison. Mais des Etats-Unis ou il réside alors, le problème n'est plus vraiment d'actualité.

Son but, maintenant est de renverser Saddam et de prendre une place importante dans le futur gouvernement irakien. Il prend ainsi dès 1992 la tête de la CNI (Conseil National Irakien), laquelle reçoit 12 millions en 4 ans de la CIA (et qui fera une gué-guerre fratricide avec l'autre parti en exil; l'Iraqi National Accord - INA - d'un certain Allaoui...). Avec l'arrivée de Doubelyou à la tête de la plus grosse armée du monde, il profite de ses contacts parmis les néocons pour se faire bien voir du pouvoir en place. Il se lance alors dans une véritable guerre de communication afin de rendre le régime irakien comme le plus dangereux du monde. Lien avec Al Quaeda, existence d'armes de destruction massive... Bien que ses preuves reposent sur du vent (au point que l'ONU n'en tiennent rapidement plus compte), il continue à être fortement écouté auprès des bellicistes étasuniens.

Vincent Cannistraro, ancien responsable de l'antiterrorisme à la CIA déclare à ce propos que "Les renseignements du CNI ne sont pas du tout crédibles. Une grande part relève de la propagande. Une grande part consiste à dire au Département de la Défense ce qu'ils veulent entendre. Et une grande part est utilisée pour soutenir les propres ambitions présidentielles de Chalabi. Ils ne font aucune distinction entre renseignement et propagande, en utilisant des informateurs présumés et des transfuges qui disent ce que Chalabi veut leur faire dire. [Ils créent ainsi] de l'information pré-mâchée qui rentre directement dans les discours du président et du vice-président". De son côté, le New York Times écrira que "Chalabi n’est guère recommandable en tant que politicien, et encore moins en tant qu’informateur".

Seulement, avec l'invasion de l'Irak, l'homme devient dérangeant jusqu'à Washington. Bien que répetant régulièrement qu'il ne cherchait pas à occuper une place politique dans l'Irak de demain, il multiplie les apparitions en Irak, tente de prendre du pouvoir en placant ses proches à des postes importants (dont son neveu comme président du tribunal qui jugera Saddam et ses collaborateurs) et va jusqu'à critiquer la lenteur américaine. Malgré cela, il garde des amis à Washington et devient membre du gouvernement provisoire irakien. Mais il semble que ses critiques fatiguent les américains, lesquels ne voudraient d'ailleurs pas donner l'impression de confier l'avenir de l'Irak à quelqu'un qui arriverait à Bagdad dans le coffre des chars de la 101e aéroportée...

Plusieurs casseroles (dont l'affaire en Jordanie ou - plus grave - des accusations d'être un agent double à la solde de l'Iran) font ainsi surface, semblant obliger Chalabi à ne plus espérer de poste politique. Cependant, si les Etats-Unis semblent se désolidariser de leur ancien homme de main, ils ne font rien pour l'empêcher de continuer sa vie politique irakienne, au point que beaucoup d'observateurs se posent des questions sur ce "rejet" qui semble tomber à point pour donner davantage de légitimité à l'ancien caniche des Etats-Unis.

Ce qui est sûr, c'est que l'ancien homme de main de l'Amérique est aujourd'hui à plusieurs postes important dans le gouvernement irakien. Et s'il conserve le porte-feuille du Pétrole, la manoeuvre n'en paraîtra que trop évidente.

15:55 Écrit par kusquo | Lien permanent | Commentaires (1) |  Facebook |

Commentaires

pourquoi as-tu donc raison pourquoi cet homodestrictus peut-il encore ainsi tout réussir ???

Écrit par : aramis-dingo | 29/04/2005

Les commentaires sont fermés.